mardi 10 mars 2009
Je ne sais pas exactement à combien de rêves les damoiselles de mon genre ont droit. D'autant plus que j'ai épousé le dernier Prince Charmant en stock. N'est-ce pas trop pour une seule personne ? Les dieux vont-ils me punir? Ou bien est-ce déjà fait, d'une manière subtile, en posant le simple et douloureux effroi de la perte sur chaque jour heureux ?
Si je compte bien, un certain nombre de souhaits, de vies d'entre mes rêves ont pris corps ces dernières années : rendre visite à Julia Roberts à New York, aller embrasser J.M. Barrie sur sa tombe, serrer la main d'Emily Brontë...
Il en reste au moins trois, mais ce sont de très volumineux et imposants rêves et je ne sais pas s'ils tiendront dans mon existence !
En tout cas, samedi dernier un autre d'entre eux s'est réalisé. À la salle Pleyel, j'ai pu entendre un de mes héros modernes, un des rares vivants qui me fassent encore rêver : Maurizio Pollini.
Même si le programme n'était pas celui que j'aurais choisi pour l'entendre (je n'aime ni Stockhausen ni Schönberg - mais il y avait le quintette en fa mineur de Brahms et, là, ce fut un moment flamboyant), Maurizio Pollini m'a enthousiasmée. Et, pendant que je vous écris, je l'écoute dans un des registres que je préfère (hormis Chopin, qui est son domaine enchanté, selon moi), entourée de présents de mon ami Jean-Christophe, qui me connaît très bien - alors même que nous ne nous jamais rencontrés. Mais est-ce que cela a de l'importance de voir les gens quand leur réalité de mots est si terriblement vivante ? Jean-Christophe est de ces personnes rares dont les lettres sont à elles seules un enchantement et un cadeau. Il y a un ton... Quelque chose qui se brise sans bruit au bord de ses phrases et transforme votre sourire en larmes. S'il écrivait un jour un livre, je serais sa première lectrice. Il est de ces êtres qui enchantent la vie des autres et j'ai bien de la chance de le connaître. Il faut d'ailleurs le premier lecteur du Petit oiseau blanc et c'est grâce à ce livre que nous nous sommes connus. Je lui rends hommage ici et c'est trop peu. [Le texte de Lorrain est superbe - sans parler de la langue, qui est celle que j'aime-, sans dire mot non plus des illustrations hallucinées et poétiques de Jeanne Jacquemin ! Et je me suis perdue avec délice dans le manoir ce matin ! ]

Paris est un endroit où nous aimons passer le week-end, où longtemps j'ai eu un tout petit appartement, boulevard Saint-Germain. Cela faisait des mois que nous n'y étions pas allés, en attente de quelque chose qui tarde à venir... Alors, nous sommes allés en amoureux rendre visite à nos souvenirs. Nous y avons nos sages et dévergondées habitudes, qui se nomment Shakespeare and Co., les Deux Magots, les librairies de notre quartier : l'Écume des pages, La librairie Compagnie, Gibert Joseph, et quelques secrètes maisons de livres ou de thés. J'y rencontre toujours des livres qui me font de l'oeil, comme celui-ci, consacré à Audrey Hepburn et qui est une toute petite merveille...
A l'heure de la messe, mécréants, nous aimons nous rendre au ciné-club de cet éternel passionné qu'est Claude-Jean Phillippe. Dimanche, L'homme qui aimait les femmes était à l'affiche, alors... impossible de résister à la voix de Charles Denner. Et je suis même intervenue, cette fois-ci, contrairement à mon sacré commandement, pour fermer le clapet d'une spectatrice qui n'avait rien saisi de la beauté trouble du personnage... sous les applaudissements du public ! Je déteste les bavardages qui succèdent aux projections car 999 fois sur 1000, ce sont des âneries, des bavardages creux (des gens qui exhibent leur inculture et leur vanité, leur inintelligence)... et parce que j'ai souvent des coups de sang... surtout si l'on n'aime pas qui j'aime. Ne suis-je pas diabolique ?

Un autre rêve remue en moi et va bientôt naître, en avril. Il est dessiné dans ses grandes lignes.

Nul besoin, je crois, d'emmener avec moi tout mon matériel de traducteur, chèrement acquis pour la cause barrienne et d'autres projets, qui sont tout aussi enthousiasmants.

Il faut dire que, pour moi, la traduction est déjà en soi un voyage. Et c'est un voyage que je ne peux pas entreprendre autrement qu'en me projetant dans les mots qu'il faut tirer à soi pour voir ce qu'ils cachent. J'aime glisser mon doigt dans leur doublure et les esquinter juste ce qu'il faut pour leur donner la dimension et la place qui leur reviennent dans leurs nouveaux habits linguistiques.
Je suis donc très malheureuse de constater que la préparation à un diplôme anglais, à visée internationale, que je convoite, est exactement aux antipodes de ma conception. Hors de question, cependant, de me plier à des recettes, de suivre des cours pour ce qui ne s'apprend qu'en se blessant aux outils du traducteur, en traduisant donc ; hors de question également de mouler mon français dans cette chose reproductible à l'infini, le français standard, qui ne possède aucune sensualité ni la moindre aspérité. Car la langue bruisse ou elle n'est pas. Je serais capable de traduire un vulgaire article économique en langage flaubertien rien que pour le plaisir ! Je n'écrirai jamais des mots qui ne sonnent pas en moi. Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Il y a une limite que je ne peux pas dépasser, c'est celle de la douleur de l'écrit non éprouvé en soi. Allez faire comprendre cela à un "tutor" femelle, qui écrit en bureaucrate...

Nul besoin de ces considérations pour comprendre l'Écosse, car comprendre ce pays ne demande que l'amour que l'on porte à son peuple et à ses paysages. Comprendre l'Écosse, c'est adopter son climat.

Tout d'abord, une bibliographie sélective, parce que personne ne part en voyage sans des bagages étudiés pour la circonstance. Et, nous, nous partons pour une fête.

L'histoire de l'Écosse écrite par un passionné. Livre indispensable - la seule histoire de ce pays, à ma connaissance, en outre (je ne parle pas des volumes de Galibert et Pellé qui remontent au XIXe siècle). Un panorama complet de l'histoire mouvementée de ce pays, car il s'agit bien d'un pays et non pas d'une extension de l'Angleterre... Je m'endors chaque soir au bord d'un loch, grâce à ce très bon livre. Un recueil des textes consacrées à son pays par un de ses célèbres enfants.

Et, mieux encore, lisez dans la langue originale ses Picturesque Notes.

On mentionnera aussi le fleuron de la littérature écossaise, aux côtés de Stevenson : Walter Scott, Burns... et un sympathique auteur de policiers, qui, sans révolutionner le genre, s'y fait une place qu'on lui accorde en général bien volontiers, Ian Rankin et son célèbre inspecteur Rebus.

Et puis... et puis... les livres de James Matthew Barrie.

Admirez ce portrait magnifique de l'Écossais :

"Mais, maintenant, alors que nous pouvions avoir pour nous-mêmes des servantes, je reculais devant l’idée. Cela ne serait évidemment plus la même maison ; nous aurions eu à nous dissimuler : je me me vis pas parler anglais toute la journée. Vous ne connaissez que la coquille d’un Écossais avant d’entrer dans le cercle de sa maison. Dans son bureau, dans les clubs, dans les réunions sociales, ces lieux où vous et lui semblez vous entendre si bien, il est réellement une maison avec tous les volets clos et la porte fermée à clef. Il n’est pas opaque de plein gré. Souvent, c’est contre sa volonté – et c’est certainement contre la mienne. J’essaie de laisser mes volets ouverts et mon pied au travers de la porte, mais ils vont claquer. De bien des façons, ma mère était aussi renfermée que moi – bien que ses manières fussent aussi gracieuses que les miennes étaient rugueuses (en vain, hélas ! toutes si bien huilées de sincérité) et ma sœur était la plus réservée de nous tous. Vous pouviez parfois entrevoir une lumière à travers l’une de mes fentes ; elle avait des doubles volets. Or, il semble qu’il s’agisse d’une loi de nature : nous devons montrer notre véritable moi de temps en temps. Et, comme l’Écossais doit le faire à la maison et faire loger une journée entière dans l’espace d’une heure, la conséquence en est qu’il se révèle là au plus haut degré. Les sentiments si longtemps étouffés débordent et c’est pourquoi les membres d’une famille écossaise se connaissent probablement mieux les uns les autres et sont plus ignorants de la vie extérieure à leur cercle que n’importe quelle autre famille au monde. Et, comme la connaissance est compassion, l’affection qui existe entre eux est presque douloureuse dans son intensité. Ils n’ont pas davantage à donner que leurs voisins, mais ce qu’ils possèdent est prodigué à quelques-uns plutôt que distribué à beaucoup. Ils sont réputés pour être avares, mais en ce qui concerne l’affection familiale, au moins, ils paient en or. En cela, je crois, nous trouverons la véritable explication à ce fait : pourquoi la littérature écossaise, bien avant le temps de Burns, a été si souvent inspirée par le foyer domestique et a traité ce sujet avec une compréhension passionnée.
Était-il nécessaire qu’une femme vienne dans notre maison et découvre que je n’étais pas l’homme à la triste figure que j’avais la réputation d’être ? Devais-je être enfin vu tel que j’étais une fois le voile de l’austérité levé ? Ma voix en société est si basse et si quelconque que ma première remarque est à peine une indication que je suis sur le point de parler (comme le bourdonnement de l’horloge avant qu’elle ne sonne) : fallait-il révéler que j’avais une autre voix, qu’il y avait une autre porte que je n’ai jamais ouverte sans laisser ma réserve sur le paillasson ? Ah, cette pièce! Ses secrets doivent-ils être donnés à voir au grand jour ?"

James Matthew Barrie, Margaret Ogilvy, extrait du Chapitre VIII, traduction Céline-Albin Faivre, tous droits de reproduction réservés (dépôt à la S.D.G.L.).

Il ne me reste plus qu'une malle à trouver pour le printemps, afin d'y déposer mes trois derniers rêves. Qu'ils dorment paisiblement et attendent le retour de l'enfant que je suis, toujours.
Certains jours sont plus chanceux que d'autres et c'est ainsi que, préparant une page musicale pour mon site Barrie, j'ai eu la chance de trouver ce disque-ci et de pouvoir l'acquérir.

ll ne s'agissait pas simplement pour moi de répondre aux séductions du beau suranné, du délicieux désuet, mais de faire vivre dans mon oreille, comme si je la collais à un vieux coquillage, un monde, celui de Barrie, mis en musique par Norman O'Neill ou bien par Sir William Walton. Le premier, directeur musical du London's Haymarket Theatre dès 1909, eut l'heur d'habiller de sons délicats et mystérieux la pièce de Barrie, Mary Rose, mais aussi L'oiseau bleu de Maeterlinck - et la filiation entre ces deux poètes a déjà été mise en exergue ici. Le second prêta son talent au Boy David de Barrie - une des oeuvres de Barrie que j'aime le moins, je dois le confesser.
Puisque les Hébrides sont assez proches de moi, désormais, et que l'île de Mary Rose s'y situe, je vous propose d'entendre l'appel de cet île "qui aime [tant] être visitée" qu'elle ne laisse pas toujours repartir ceux qui y posent le pied... Et, moi, est-ce qu'elle me fera prisonnière? Je ne suis pourtant plus une toute jeune fille...
Mary Rose
Je ne suis pas étonnée que Hitchcock ait été à ce point envoûté par l'histoire de Barrie. Instinctivement, il a perçu tout ce qu'elle recèle de danger, de perversion et d'étrange.

Harry : Il me semble que vous craigniez d'être un fantôme. Je crois bien qu'être un fantôme est pire que de les voir.
Mary Rose : Oui.
H. : Est-ce que cela rend solitaire d'être un fantôme ?
M.R. : Oui.
H. : Connaissez-vous d'autres fantômes ?
M. R. : Non.
H. : Le voudriez-vous ?
M.R. : Oui.
H. : Je peux le comprendre.

Mary Rose
, extrait. Cf. notre page.

Cf. également ce très bon article consacré, en partie, au disque susmentionné.
De Derek Hudson, je possédais déjà une intéressante biographie de Lewis Carroll. J'ai acquis depuis peu une vie d'Arthur Rackham. Je ne suis pas certaine que le terme de biographie soit celui qui convienne ici, puisqu'il s'agit davantage d'un portrait ou d'une fenêtre panoramique ouverte sur son existence, le tout illustré magnifiquement par des planches de Rackham.
En tout cas, cela me donne à réfléchir sérieusement sur l'exercice biographique. Autant sur le contenu que la forme que l'on peut donner à un tel projet...
Je rêve d'une biographie de Barrie que l'on puisse porter en médaillon ou en broche, bijoux que l'on ouvrirait à l'envi pour y trouver à chaque fois quelque chose de nouveau pour l'esprit et d'intrigant pour le coeur...
L'ouvrage fut publié en 1960 et republié quatorze ans après. Je vous laisse juges de la qualité de l'ouvrage avec ces quelques (mauvais) clichés que j'ai pris. Dans cet ouvrage, on découvrira quelques lettres que Rackham et Barrie ont échangées, lorsque le premier illustra pour le second une partie du Petit Oiseau blanc, Peter Pan dans les Jardins de Kensington.
On entreverra de nombreux personnages de l'époque dans ce livre, jusqu'à Max Reinhardt, débiteur de Rackham pour son Songe d'une nuit d'été, inspiré du génial Arthur...

Je crois qu'il n'existe plus guère de nos jours de telles éditions de livres. Et c'est ainsi que je suis devenue un peu bibliophile, presque malgré moi...











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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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