mercredi 30 avril 2008
Je ne peux pas exprimer mon ressenti et mes vidéos ne sont pas en mesure de montrer la splendeur de cet endroit ni son immense pouvoir de fascination et d'inspiration.
Il ne s'agit pas seulement d'une vague séduction exercée par le romantisme noir ou le gothique. Ceci est une interprétation trop évidente et facile (donc fausse), si tant est, en outre, que l'on s'entende sur le sens du mot "gothique". Et la littérature dite gothique est moins aisée à circonscrire et à expliquer qu'on ne le croit au premier abord, mais tel n'est pas notre sujet pour le moment.
Il ne s'agit donc nullement d'un attrait morbide.
Il ne s'agit que d'atmosphère, de capacité respiratoire de la part du lecteur ou de l'écrivain des lieux, de possibilité ou non de s'imprégner de la beauté décadente de l'endroit, de l'amour des ruines et des pierres. J'ai toujours un rapport extrêmement sensoriel avec les lieux que je visite. Je touche, je palpe, je respire, je regarde en fronçant les sourcils.
Ce cimetière est également le contexte de livres que je juge admirables et que d'autres, parmi mes amis très chers, conçoivent comme des "opéras-savonnette pour demoiselles éplorées". Sauf que je ne lis pas ces œuvres, je le pense, sous ce biais. Je crois que la poésie d'Emily Brontë, par exemple, est très grande et que Jane Eyre ou Wuthering Heights possèdent une noblesse, une profondeur que peu de lecteurs, finalement, leur reconnaissent, tout en les aimant. Le même problème, bien que de nature différente, se pose pour l'oeuvre de Jane Austen - que nous croiserons sur le chemin.
Nous nous attarderons sur l'aspect littéraire et psychologique plus tard, car le voyage ne fait que commencer.
Regardez attentivement le début de cette vidéo, la première image.

Il s'agit sans conteste de la plus belle tombe du cimetière, qui est à lui seul une oeuvre d'art, celle de ces hommes qui ont sculpté, souvent avec beaucoup d'adresse, la pierre. Parfois, ces hommes étaient même analphabètes...
Cette tombe est celle d'un sculpteur de pierre, dont le nom est Heaton, et qui a perdu sept enfants - fait très répandu, à l'époque et dans cette région au climat si rude. Il a sublimé sa souffrance dans ce magnifique tombeau.
Admirez la beauté de la sculpture qui représente un enfant couché (un de ses enfants), protégé par un baldaquin. On aperçoit si l'on s'approche une rose coupée ou brisée - symbole victorien assez fréquent sur les tombes d'enfants et la base a la forme d'un berceau... Voici qui aurait plu à Peter Pan qui danse sur la tombe des enfants morts ...


Vendredi 25 avril

Nous embarquons à la gare de King's Cross, pour un train qui s'arrêtera à Leeds où nous prendrons un autre train, direction Haworth - ou plus exactement Keighley, d'où nous irons à Haworth en taxi. Les premières classes de ce train sont particulièrement raffinées, plus qu'en France. On dirait un petit restaurant. Il y a des prises électriques pour les ordinateurs. Certains Anglais, parmi les personnes âgées, sont tout de même vraiment conformes à l'image que nous nous faisons des Anglais. Les jeunes sont, comme partout ailleurs : dévergondés, assez mal embouchés et habillés comme des voyous.
Les Anglais de Londres sont assez énervés, toujours en partance, lisant les journaux gratuits distribués un peu partout dans les rues et buvant des cafés sans répit.
Installés à nos places réservées – le train est peu rempli - , je décide de dormir un peu, car une longue journée nous attend.
Lorsque je m'éveillerai, je serai chez les Brontë. Je me frotte les yeux, je les écarquille. Est-ce bien vrai ? Il faut préciser que j'en rêve depuis au moins dix ans, sinon plus. Mais si nous n'y sommes pas venus avant, c'est uniquement par ma faute. J'ai dû apprivoiser beaucoup de mes craintes.

Arrivés à Haworth, nous découvrons d'abord notre lieu de résidence, une luxueuse Guest House de style victorien avec tout le confort moderne. Ashmount est son nom. Je la recommande chaleureusement aux futurs visiteurs de Haworth. Les propriétaires sont charmants.

C'est l'ancienne demeure du Docteur Ingham qui la construisit en 1870. C'est lui qui se rendit au chevet de Charlotte, quand elle mourut en 1855 et à celui de son père, six ans plus tard.
Notre chambre comporte un lit à baldaquin, comme chez nous, et une vue magnifique.

Très vite, nous partons à la découverte de Haworth. Un premier cimetière, qui n'est pas celui que nous cherchons.


Le lieu ressemble à ce que je connais de l'Ecosse : des petites maisons à pierres grises et des hauteurs vallonnées. La rue principale, pavée, qui monte jusqu'au ciel. Et puis le cimetière attenant au presbytère des Brontë.


Un choc. Des dizaines et des dizaines de tombes, à perte de vue, des pierres tombales majestueuses ou penchées, parfois brisées.

Un monde bordé d'un liseré de mousse. Plus étonnant: des centaines de corbeaux qui parlent, qui hurlent à la mort ou à la vie et qui font leur nid dans les arbres torturés. Leur chant funèbre est sublime.






Je reviendrai parler de ce cimetière de manière plus sérieuse et, en attendant, je vous recommande ce livre-ci (que j'ai acheté) :
L'auteur est un guide qui propose un tour du cimetière. Il narre des choses assez troublantes. Nous y reviendrons.
La tour de l'ancienne église que nous apercevons sur les vidéos est demeurée intacte – puisque l'église a été reconstruite – et c'est sous un des piliers que sont enterrés les Brontë (mais pas Anne...). L'église n'est pas ouverte et nous ne pourrons pas la visiter avant le lendemain. Vous devrez donc attendre, vous aussi, un peu.

A SUIVRE...

(MERCI DE RESPECTER LE COPYRIGHT DES DOCUMENTS.)
Avertissement(s) :
Première page du voyage.
Holly se présentera souvent à vous sans fards - c'est le cas de dire, je ne me maquille jamais -, décoiffée, mal fagotée et souvent crottée, pas trop comme il faut (elle gueule plus qu'elle ne parle). Elle est tout à fait ridicule la plupart du temps, mais elle s'en moque complètement, parce que c'est l'Aventure, n'oubliez pas. Hélas, les "héros" de la vie réelle et moderne n'ont pas le maintien parfois aristocratique des chasseurs d'épaves ou de trésors que l'on rencontre dans les livres. Mais... Mais... Vous verrez bien si vous me suivez jusqu'au bout.
Tout a été filmé en direct, rien n'a été préparé, alors parfois je trébuche sur les mots et les idées qui affleurent. Je voulais partager avec mes proches amis mes émotions immédiates. Alors, parfois, mon français et mon anglais laissent à désirer.
La qualité des vidéos est obligatoirement dégradée parce qu'elles seraient impossibles à télécharger sur un serveur autrement et je n'ai pas le temps de les retravailler pour le web. De plus, c'est de la vidéo très amateur, de même les photographies, alors... fermez les yeux.

***

Jeudi 24 avril
Nous avons pris notre Eurostar à la gare du Nord,



voyageant en bonne compagnie d'un couple d'anglais traditionnels, à qui je demande précision quant à la prononciation que je sais « irrégulière » de « Keighley ». Mais je préfère vérifier ce que j'ai lu dans les livres... Le « gh » se prononce comme un « th ». La femme me donne d'abord une mauvaise réponse, puis s'avise auprès de son mari, qui rectifie. Elle m'explique qu'entre les diverses régions d'Angleterre les prononciations divergent et que même les anglais entre eux ont parfois du mal à se comprendre.
Digression :

Voici ce que j'appelle un anglais traditionnel, mais il n'en existe pas beaucoup, je crois, seulement dans notre imagination. Admirez le parallélisme des valises, le port et le parapluie. Reprenons.
La femme a la peau ridée, dans le décolleté qu'elle laisse entrevoir, le ventre rebondi des caprices de la vieillesse et l'homme, qui semble plus jeune mais ne l'est pas, a le nez couperosé. Il boit peut-être. Ils ne s'adresseront pas plus de trois fois une parole rapide et efficiente pendant la durée du voyage. Cela signifie soit qu'ils n'ont plus rien à se dire soit qu'ils communiquent par télépathie. Ils n'ont pas l'air hostiles l'un envers l'autre ni même indifférents.
Non loin de nous, en face à face, un couple de français, d'origine malgache peut-être. Elle, plutôt belle. Mais d'un milieu social que je juge assez bas, eu égard à la tenue vestimentaire et au relâché désagréable du langage et des manières.
Je ne suis pas Jane Austen, mais j'ai l'oeil acéré. Y compris en ce concerne mes propres négligences.
La femme sort, sans gêne, un sein après l'autre, sous le prétexte de nourrir un enfant qui a bien six mois et qui ne tète pas. La scène choque quelques puritains de mon genre. Il me paraît de mon devoir d'aller informer la femme qu'il est des politesses élémentaires, mais M. Golightly grince des dents - car, lui, est un gentleman et il sait que mon attitude serait encore plus vulgaire que la sienne. Je ronge mon frein.
Nous arrivons dans la nouvelle gare de St. Pancras,



propre, éblouissante, neuve. L'anglaise qui nous a aimablement informés en matière de linguistique reviendra sur ses pas pour nous souhaiter un beau voyage. Elle a semblé intéressée et ravie lorsque je lui ai expliqué le but de mes divers déplacements. Demain, il faudra changer à Leeds et au retour, le dimanche, à Leeds et à York.


Nous éprouvons quelques difficultés à comprendre le système ferroviaire anglais, alors que nous nous mettons en quête des billets de train pour le lendemain, à Haworth. Mais, en vérité, ce sytème me semble meilleur que le nôtre.
Notre hôtel se situe, pour cette première nuit, en face des Jardins de Kensington. La brochure de l'hôtel dit – mais ce n'est pas la vérité vraie – que « It is widely believed that James M Barrie wrote his famous story of Peter Pan sitting on a bench where the hotel now stands. » « Widely believed »? I don't think so ! Where didn't Barrie write Peter Pan? Tell me!
Nous retournons aux Jardins

à la recherche des fameuses pierres tombales dont il est question à la fin du Little White Bird. Nous nous sommes égarés la dernière fois.
Malgré les instructions très précises d'Andrew Birkin, l'entreprise s'avère un échec absolu. Peut-être dimanche ? Pour mon anniversaire ?
Un écureuil gris tourne autour de moi après que j'ai invoqué le nom de Sir James Matthew. Est-ce celui que j'avais vu l'année dernière ? Quelle est la durée de vie d'un écureuil gris ?
En tout cas celui-ci s'approchera assez près de moi pour déposer un baiser mouillé et frais sur mon index droit. Le fait est que cet écureuil est celui qui m'indiquera, quelques jours plus tard, l'emplacement des pierres...
Faut-il revenir sur le lieu de ses jours très heureux ? Ou abîme-t-on ce qui était beau ? Non, j'ai trop confiance en notre sens du bonheur, en notre exigence quant à l'instant présent pour redouter cela.
Je m'en vais chatouiller les orteils de Peter Pan et faire le pitre, puisque l'Orangery is closed - une fête privée s'y prépare.

Nous repartons, le coeur léger et lourd à la fois, sans savoir que nous sommes passés près des pierres sans les voir... Maintenant, je sais que le rire entendu derrière notre dos était le leur.
Je remarque, le soir, sur Oxford Circus, à quel point les jeunes anglaises chics peuvent être délurées. La londonienne argentée porte un sac à main Dior, une robe noire classe, et des escarpins à talons aiguille. Elle m'impressionne grandement, moi, qui suis complètement avachie dans mes petites ballerines d'enfant et qui ai l'allure d'un vieux pot à tabac.
Petit arrêt au Starbucks café couplé avec un magasin de livres – je ne dis pas librairie, je suis trop respectueuse –, Borders.
Les serveurs parlent à peine l'anglais, moins bien que moi (c'est dire ! Mais je le comprends très bien, en revanche...) et toutes les professions de ce genre sont exercées par des immigrés. Il me demande mon prénom pour inscrire sur le gobelet en carton en attente, je réponds, d'humeur malicieuse : « Jane Austen ». Il me regarde ahuri et je renonce.
La première journée à Londres s'achève.

Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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