mercredi 16 avril 2008
Je suis une machine à lire et à écrire, mes mots ou ceux des autres.
Non, pas une machine, mais un organisme. Cela revient presque au même.
Plongée dans l'écoute de ce coffret qui me ravit, je recopie quelques lignes qui cisèlent ma pensée. On sait, pour qui me lit depuis longtemps, l'admiration que je porte à Unamuno. A bien chercher dans ce JIACO, on pourrait y trouver les ruines de quelque vieux texte.
Comment on fait un roman de Miguel de Unamuno, Paris, Les fondeurs de briques, 2008.

« Quand un livre est chose vive, il faut le manger, et qui le mange, si à son tour il est vivant, il revit par cette nutrition. Mais pour les écrivains – et ce qu’il y a de triste c’est que seuls lisent ceux qui écrivent -, pour les écrivains un livre n’est rien de plus qu’un écrit, ce n’est pas une chose vivante, revivifiante, éternisante (…) Et seuls peuvent sentir ce qu’il y a d’apocalyptique, de révélateur dans le fait de manger un livre ceux qui sentent comment le Verbe se fit chair en même temps qu’il se faisait lettre et comment nous mangeons, en pain de vie éternelle, eucharistiquement, cette chair et cette lettre. Et la lettre que nous mangeons, qui est chair, est aussi parole, sans que cela veuille dire qu’elle soit idée, c’est-à-dire squelette. On ne vit pas de squelettes, personne ne s’alimente avec des squelettes. » (p.18)
« (…) la façon la plus courante de s’abêtir [est] de lire des livres sans les manger, d’avaler la lettre sans l’assimiler en la faisant esprit. » (p.26)
« Si par roman, tu entends, lecteur, l’argument, il n’y a pas de roman. Ou, ce qui revient au même, il n’y a pas d’argument. L’os est dans la chair, et dans l’os la moelle, mais le roman humain n’a pas de moelle, manque d’argument. Tout est petites boîtes [les petites boîtes de laques japonaises enchâssées l’une dans l’autre, jusqu’à la dernière qui est… vide.] et rêves. Ce qui est véritablement romanesque, c’est comment on fait un roman. » (p.28)
«Oui, tout roman, toute œuvre de fiction, tout poème, quand il est vivant, est autobiographique. Tout être de fiction, tout personnage poétique, que crée un auteur, fait partie de l’auteur même. Et si celui-ci met dans son poème un homme en chair et en os qu’il a connu, c’est après l’avoir fait sien, partie de lui-même. (…) Toutes les créatures sont leur créateur. » (p. 35)
« (…) je dois avouer que la plus grande confiance que je puisse avoir en mon bon sens m’a été donnée dans les moments où, observant ce que font les autres et ce qu’ils ne font pas, écoutant ce qu’ils disent et ce qu’ils taisent, ce fugitif soupçon m’a effleuré : “Serais-je fou ?”
Être fou, on dit que c’est avoir perdu la raison. La raison, mais non la vérité, car il est des fous qui disent des vérités, alors que les autres les taisent, parce qu’il n’est ni rationnel ni raisonnable de les dire, et c’est pourquoi l’on dit qu’ils sont fous. Et qu’est-ce que la raison ? La raison, c’est ce sur quoi nous sommes tous d’accord, tous ou du moins l’immense majorité. La vérité est autre chose. La raison est sociale ; la vérité, d’ordinaire, est complètement individuelle, personnelle et incommunicable. La raison nous unit et les vérités nous séparent. » (pp.45-46)
« Tout lecteur qui, lisant un roman, se préoccupe de savoir comment finiront les personnages sans se préoccuper de savoir comment il finira, lui, ne mérite point qu’on satisfasse sa curiosité. » (p. 58)
« Que du songe il [le lecteur] fasse de la vie, et il sera sauvé. Et comme il n’y a là rien que comédie et roman, qu’il pense que ce qui lui paraît réalité extra-scénique est comédie de comédie, que le noumène inventé par Kant est ce qu’il peut y avoir de plus phénoménal, et la substance ce qu’il peut y avoir de plus formel. Le fond d’une chose est sa surface. » (p. 62)

« Ce roman, et d’ailleurs tous ceux que l’ont fait, et non que l’on se contente de raconter, en toute rigueur ils ne finissent point. L’achevé, le parfait, c’est la mort, et la vie ne saurait mourir. Le lecteur qui cherche des romans achevés ne mérite pas d’être mon lecteur : il est lui-même déjà achevé avant que de m’avoir lu. » (p. 62)
« (…) une de mes lectures de hasard-, Le Sorgenti irrazionali del pensiero de Nicolas Abbagnano : “Comprendre ne veut pas dire pénétrer dans l’intimité du personnage étranger, mais seulement traduire dans sa propre pensée, dans sa propre pensée, dans sa propre vérité l’expérience souterraine où se fondent sa vie propre et celle d’autrui.” Mais ne serait-ce point là justement pénétrer dans les entrailles de la pensée d’autrui ? Si je traduis dans ma propre pensée l’expérience souterraine où se fondent ma vie et ta vie, lecteur, ou si tu la traduis dans ta propre pensée, si nous parvenons à nous comprendre mutuellement, à nous prendre ensemble, n’est-ce point parce que j’ai pénétré dans l’intimité de ta pensée cependant que tu pénétrais, toi, dans l’intimité de la tienne et que celle-ci n’est mienne ni tienne, mais commune à tous deux ? N’est-ce point parce que mon homme intérieur, mon intra-homme prend contact et même s’unit avec ton intra-homme en sorte que je vis en toi et toi en moi ? » (pp. 74-75)
« Le projet d’un édifice est projet de construction. Et un problème présuppose non tant une solution, au sens analytique ou dissolutif, qu’une construction, une création. On résout en faisant. » (p.75)
(Je souligne.)

Les roses du Pays d'Hiver

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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