vendredi 7 mars 2008
"Seule une pure pensée serait capable d'englober l'effectivité de la mort sans être concernée par les circonstances spatio-temporelles de cette mort. A défaut d'une telle super-conscience, c'est encore notre demi-savoir qui préserve le mieux notre demi-pouvoir. Mais ce n'est qu'un demi-savoir. L'homme sait qu'il mourra, mais il ne s'explique pas pourquoi il doit disparaître, ni comment il peut être nihilisé ; il pense et conçoit la mort, mais il ne la comprend pas ; c'est-à-dire qu'il ne jauge jamais la mort dans toutes ses dimensions à la fois : si intensément qu'il approfondisse le problème, si loin qu'il conduise le cours de ses pensées, il y a toujours une dimension qui lui échappe ; toujours le mystère se reforme au-delà du problème : l'a priori opaque a déjà devancé la conscience. La conscience de la mort ne retenant de la mort qu'une vide effectivité, reste sans contenu et nous laisse dans un état d'impréparation totale."
Vladimir Jankélévitch, extrait de son très beau livre, La mort, Paris, Ed. Champs-Flammarion, 1992, p. 430, je souligne.


La mort nous concerne et ne nous concerne pas, parce que nous sommes de raison, puis de sensibilité et d'imagination. Il faudrait être raison pure pour n'être traversé que de son idée sans trembler, pas plus que la feuille de papier ne s'émeut de la lame qui la coupe en deux. Mais nous sommes tous des Entre-Deux. Nous savons sans comprendre ; nous pleurons sans être noyé de ce flux, plus littéraire que réellement sentimental. Nous sommes dérobés à notre fin et nous vivons et crevons comme des chiens.


***

J'ai décidé d'écrire de nouveau quelques billets ici même, plus rapidement que prévu, suite à la mort de Marie, parce que, je l'avoue, cela va constituer pour moi un antidote contre cette crainte que j'éprouve à l'idée d'ouvrir à nouveau les pages de ce JIACO et de ressentir de plein fouet son absence. A l'idée que jamais plus elle n'écrira ici, pour déposer une marque de tendresse, je me sens désemparée. J'ai peur de ne plus jamais pouvoir écrire en ce lieu, si j'attends pour le faire. J'ai le sentiment que ma crainte va estampiller chacun des jours passés et à venir et amputer le présent de ses saines racines.


Ne pas nourrir la peine avec la peine, afin de ne pas la métamorphoser en ce qui n'est pas elle, à savoir vague sensiblerie et caricature de l'émotion première. Être présent à son absence, mais être vivant à soi-même.
Emily Dickinson, que j'aurais aimé faire mieux connaître à Marie, parle de ce grand Indicible, de cet incendie de la raison, de la mort, pour qui s'adonne trop à sa contemplation.


Et, alors que je songeais à ces vers, un peu difficiles à traduire en français :

"If I shouldn't be alive
When the Robins come,
Give the one in Red Cravat,
A Memorial crumb."


quelques heures après un rouge-gorge est venu cogner à ma fenêtre de cuisine. La coïncidence entre ma pensée et l'occurrence de ce réel, que je sais bien dépourvu d'intentionnalité, me fait comprendre comment l'on peut croire qu'il existe un ailleurs, même si cet autre de la réalité ne m'a jamais semblé assez solide pour que j'y abandonne totalement ma pensée. C'est ainsi que je suis un être plus rationnel qu'il n'y paraît, peut-être, mais pas totalement, ce qui me permet de laisser filtrer un peu de merveilleux et d'illusoire beauté d'outre-monde entre les briques de mon univers de verre et de sable, où Raison est reine, où je suis sujette d'un royaume condamné à la dislocation permanente.


Puisque de ma chère Emily, il est question, je ne saurais trop vous recommander de lire le livre
de Bobin, qui atteint à une forme de sublime et de communion rarement égalée avec le poète, tout en ne cessant de parler de lui et de nous, de biais.




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[Cf. ce billet-ci que j'ai particulièrement apprécié. Je suis une inconditionnelle de ces livres marqués d'un pingouin. Depuis très longtemps. ]




Bien que je traduise et que j'apprenne en faisant ce qu'implique le fait même de traduire, j'apprécie de moins en moins de lire des traductions de livres en anglais ou en allemand. Qui peut prétendre connaître vraiment un auteur s'il n'a pas lu ses propres mots ? Lire les Brontë, Dickens, Barrie ou Jane Austen en français m'est inconcevable sans pouvoir me désaltérer à la source vive de leur langue. Certes, j'aime plus que tout certaines traductions, je suis fière de ma collection de Dickens en Pléiade, mais ma passion me conduit à passer à travers l'écheveau des mots et même à tréfiler leurs pas presque effacés dans des terres un peu lointaines.


C'est ainsi que je prépare ma visite à la famille Brontë, qui aura lieu dans plusieurs semaines. Je les relis et, hier, j'ai reçu cet essai, dont on m'a dit grand bien. (Petit clin d'oeil à Malice.)





Avril est le mois de mon anniversaire, mais aussi le mois choisi afin d'effectuer ce qui est en passe de devenir un voyage annuel en Angleterre. Les voyages forment la jeunesse et ma prononciation de la langue de Shakespeare. Mon royal ami Robert m'a mise en garde un jour de ne pas perdre mon intonation française - très peu de risques à mon avis ! - sous peine de rogner sur mon potentiel charismatique... ! Je songe à m'installer quelques mois à Oxford, un jour, afin de suivre des cours. L'idée me séduit et puis, pendant des années, lorsque des importuns me téléphonaient, j'avais coutume de faire dire par "M. Golightly" que son épouse était à Oxford, ce qui était une manière polie - bien que peu vraisemblable eu égard à la fréquence de l'affirmation - de signifier que je ne leur parlerai pas. Alors, j'aime imaginer y aller pour de vrai. J'appartiens aux contrées où l'on parle Anglais.


Cette année, l'idée est de visiter, bien évidemment, un lieu barrien, dont je vous réserve la surprise - ce n'est guère difficile à deviner - mais aussi le pays de la famille Brontë (Patrick, Branwell, Anne, Emily et Charlotte) : HAWORTH.




Wuthering Heights et




Jane Eyre




sont parmi mes romans préférés et il faut manquer sacrément d'intelligence et de goût pour ne point les reconnaître comme deux des chefs-d'oeuvre de la littérature en langue anglaise. Ma préférence va au premier de ces romans, mais, l'âge venant, je découvre d'autres mérites au second. Nous y reviendrons.


Mais Emily Brontë est pour moi la plus grande de la famille.


Comment résister à celle qui écrivit - même si c'est Branwell ! n'est-ce pas Robert ?- ces vers :







[In Cahiers de poèmes, traduction de Claire Malroux, qui traduit également avec talent Emily Dickinson, Ed. José Corti]
Il y a fort longtemps - depuis l'enfance - que je rêve de visiter Haworth. J'ai pris mon temps, comme pour beaucoup de choses. Marie ne disait-elle pas de moi que j'étais une petite abeille travailleuse ? Cela me convient bien. Je tire tout le jus que je peux du réel. Je le mâche jusqu'au néant. Je prends tellement mon temps que je serai sûrement en retard à ma mort.
Je suis fièrement membre de la Brontë Society .


La Gazette sort trois fois par an et j'attends le numéro de mars. Je m'inspire de l'organisation pour ma propre Société Barrie.

Haworth, contrée sauvage et rude des Brontë, se situe ici :
Il faut prendre le train à Londres et s'arrêter à Keighley - 3 heures de voyage - et d'ici prendre un bus (lignes 663,664 ou 665) ou un taxi pour vous rendre au pays des Brontë (assez peu éloigné de Keighley).


Je logerai dans un lieu que je sais convenir à mes attentes et qui n'est pas dépourvu de liens avec les Brontë. Du presbystère reconverti en musée, j'aurai cette vue gothique et romantique :

J'irai hanter les landes et saluer les fantômes du temps jadis.


Mes liens indispensables en guise de préparatifs :
http://www.visitbradford.com/bronte-country/http://www.haworth-village.org.uk/
http://www.ashmounthaworth.co.uk/


Sans oublier cette biographie amicale et circonstanciée de Gaskell :


traduite en Français :
Et cette édition d'un livre consacré à Branwell, le frère maudit et sacrifié, dont le corps est absent du portrait, mais pas son ombre...






Roman - biographie, on ne sait plus, par Daphne Du Maurier, qui n'est pas elle non plus sans lien avec mon obsession number one, J. M. Barrie.
Le livre existe chez Penguin.


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Après mon séjour à Haworth, ma visite dans le Surrey commencera à Farnham, qui se situe ici :


De Londres, en train, il faut compter environ une heure de voyage, ce qui nous permettra de passer une journée là-bas et de rentrer à Londres, le soir, pour y fêter l'année supplémentaire qui me tombe, assez légèrement, sur les épaules.
A Farnham, un ami très cher à mon coeur attendra sera le guide vers... Comment vous n'avez pas deviné ? Je ne sais pas encore si je pourrais pénétrer au coeur du lieu où tout a commencé, mais au moins, je serai en mesure de m'imprégner de l'atmosphère... Nous verrons. L'aventure, l'aventure, l'aventure !
Je reviendrai en Ecosse - aux Hébrides - l'année prochaine pour ce lieu barrien, qui était d'abord élu pour l'année 2008, et que je réserve pour dans quelques mois, si la vie ne se retire pas de moi.
Je vous raconterai tout ceci, bientôt, en images et en vidéo, comme j'en ai pris l'habitude.


Et je crois bien que Miss Holly prend goût, finalement, au voyage et je pourrais bien vous emmener en Bavière dans l'ombre de certain roi déchu, sa Majesté des Cygnes, l'été venu... Tout n'est qu'étapes et le voyage n'est pas encore terminé.


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Ce billet a été rédigé le coeur en Alsace, la tête ailleurs et les pieds flottants sous mon bureau. L'accompagnement musical fut de premier ordre, puisqu'il s'agit d'un disque offert par mon très fidèle ami, Jean-Christophe. Je n'ai pas fini de saisir toute la substance de ce disque très étonnant, dont j'aurai l'occasion de reparler en détail, je l'espère.


J'écoute également avec délectation cet autre cadeau de cet ami, aussi discret que rare :


Et ma semaine a oscillé entre deux autres disques qui possèdent pour l'un une audace et une force peu communes :et pour l'autre la rigueur et la sensibilité de Maurizio Pollini dans les Nocturnes de Chopin.
A bientôt, peut-être.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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