samedi 3 mars 2007

Les rôles où Cary Grant joue le brigand, le filou, le personnage louche et la canaille, sont ma foi assez rares. J'en ai déjà parlé ici et ailleurs. Il est, par conséquent, toujours intéressant de savourer une de ces exceptions. Et, Miss Holly de revenir à sa vieille habitude, de tailler quelque joli extrait pour vous dans l'un des films de sa vidéothèque.


Pendant ma période de fièvre, j'ai essayé de me soigner en regardant quelques films avec mon bien-aimé acteur (mais sans robe de soirée ni chaussures-à-talons-102e-étage, comme je le fais à chaque fois que je me projette un film avec le plus élégant des élégants, mais en vulgaire pyjama, moi qui n'en porte jamais...), dont celui-ci, que je connaissais déjà.


H.C. Potter a réalisé l'un des films les plus drôles de l'histoire du cinéma, un classique inoubliable, Hellzapoppin. Ce film-là n'est pas d'une égale réussite, loin s'en faut, mais comporte quelques belles scènes, drôles ou émouvantes, qui justifient à elles seules que l'on se souvienne de l'oeuvre.

Je n'ai pu résister à encoder cet extrait pour mes aimables lecteurs (petite pensée pour Clarabel, qui appréciera, peut-être, mais aussi pour Nicolas qui saura bien pourquoi...), car Cary y... tricote, afin de persuader certaine jeune femme soupçonneuse de ses bonnes intentions, alors qu'il cherche à la flouer ! Il ne perd rien de sa superbe et de sa virilité gracieuse dans cet exercice pour le moins périlleux.
Et il semblerait que ce soit contagieux !

                           
Le film est très déséquilibré : à ne pas choisir un registre, comique ou dramatique, on ne cesse de se tenir sur un pied, puis sur l'autre, puis on sombre dans une petite déception. Il faut remettre les choses dans leur contexte et Serge Bromberg le fait avec son talent et sa gourmandise coutumière dans le DVD des éditions Montparnasse. La guerre s'étale sur tout le terrain de l'industrie du film et beaucoup de productions sont censurées à l'époque ou bien encouragent une forme de propagande plus ou moins discrète. Cette toile de fond rend le propos délicat. L'une des images les plus effrayantes du film est peut-être celle-ci, qui ne cesse de poursuivre le héros :



mais Joe (Cary) n'a cure de l'Oncle Sam et se fera déserteur en endossant l'identité d'un mort, ancien taulard, mais réformé, et essaiera de piquer dans la caisse des bonnes oeuvres pour les victimes de guerre. Rien de très moral, certes, mais on pourrait tout pardonner à un homme qui sait si bien truquer les pièces et piper les dés, car il ne triche pas lorsqu'il s'agit de sentiment. Et, quand bien même, ce serait sans compter l'amour inconditionnel d'une femme qui l'aimera tout autant brigand que gentilhomme, car bien sûr il ne cesse d'être beau joueur en toute circonstance. Et puis la guerre est une telle saloperie que tous les coups sont permis pour rester à l'écart et que l'on ne me parle pas d'héroïsme car cela n'existe pas... Tout est affaire de circonstances. Les héros sont des graciés du dilemme.

La morale sous-jacente du film est peut-être plus audacieuse qu'il n'y paraît : l'héroïne en oublie ses convictions par amour. A nous d'applaudir et de regretter, néanmoins, cette fin trop convenue bien qu'attendue.
Ce film prend place, dans la filmographie de Cary Grant, entre Once Upon a Honeymoon de Leo McCarey et Destination Tokyo de Demar Daves. Cary Grant a récemment été fait citoyen américain ; "Cary Grant" est devenu son véritable nom, et il subira des reproches de ses anciens compatriotes britanniques de ne pas participer à leur combat. Un meilleur film est à venir : None but the Lonely Heart.
La femme de Cary Grant, à l'époque, Barbara Hutton, voulait obtenir le rôle féminin, puisque celui-ci reflétait d'une certaine manière son vécu. Elle offrit même à la R.K.O. de travailler gratuitement. Mais Cary Grant l'apprit, refusa cette idée et s'arrangea pour qu'elle n'obtînt pas le rôle, qui fut attribué à la sensible Laraine Day. Précisons que les relations entre les époux n'étaient pas de celles dont on peut rêver et que l'éphémère Madame Grant me semble avoir été on ne peut plus opportuniste.
Le scénario fut écrit par un débutant, Milton Holmes, et s'inspire d'une histoire véritable, qui connut une fin plus tragique, car la vie n'est pas une danseuse des sept voiles à qui l'on peut promettre la lune à crédit.

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