vendredi 30 mars 2007
Here is my heart and I give it to you Take me with you across this land These are my dreams, so simple and few Dreams we hold in the palm of our hands Never-ending Road Loreena McKennitt  

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A thing of beauty is a joy for ever John Keats

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J'écris ces lignes en écoutant, avec mon sourire crochu et de travers, mon sourire en coin (my crooked smile, celui de Grizel et de Sylvia Llewelyn Davies) sur la tronche, Tom Waits et Loreena Mckennitt. La mère ou la soeur de ma petite fée personnelle, celle qui loge dans la poche gauche, m'a envoyé un coffre au trésor par la poste. Je suis un peu tremblante de découvir ton écriture, tes mots, ces choses trop belles, qui me font et me feront vivre encore plus fort. Mon enfant sauvage, mon amie de contes de fées, je ne sais pas remercier. Cela va au-delà des mots et de la pensée. Reste près de moi, toujours ; je serai là aussi pour toi autant que je le puis, tant que tu le voudras. Tu n'es pas comme ces gens qui n'ont rien compris et qui font pleurer les vieux enfants, parce que ce sont des brutaux, parce que les pleurs de ces petites personnes sont des perles qu'ils gobent. Croient-ils sonner moins creux du ventre et du crâne ensuite ? Le filament dans les yeux de ces barbares est grillé et leurs larmes à eux sont molles, sans vie à l'intérieur, alors que dans les tiennes il y a mille univers qui grouillent ; leurs poches sont percées et leurs mains vides car ils ne peuvent rien attraper de ce qui appartient à ton monde, ils ne peuvent que s'agripper à la pierre, à la roche dure et coupante, qui est leur linceul de vie. Mais la blessure ne tire aucun sang véritable de leurs plaies. Les pires, oh oui, sont encore ceux qui font semblant de savoir le chemin du terrier ou du château, du Repère dirait Barrie, et qui sont perdus dans l'entrelacs de leurs pathétiques imitations. Ce sont des voleurs et des imposteurs, mais ils ne trompent que leur enfance, ils ne font de tort qu'à l'once de vérité que nous conservons jusqu'à la mort et qui souvent dort en nous du sommeil de l'insensibilité et non de celui des sorts jetés. Claquons la porte au nez de ces gens, des infâmes, les adultes infantiles et les adultes convaincus, les inconscients, les fourbes et les êtres en toc ! Laissons vivre l'enfance, noble, fière et aveugle à ce qui la souille.
Toi, tu es inaccessible pour ces malheureux, perfides pathétiques de tout acabit, et tu rayonnes haut et loin. Continue d'éclairer le chemin pour les enfants perdus. Je vais me réchauffer dans ta lumière.
Beatrix Potter était autrefois comme toi. Mais tu ne ressembles décidément à personne.
Tu es originale.

Tout le monde, ne serait-ce que par la pléthore de produits dérivés (mais Beatrix Potter elle-même déposa le brevet d'une poupée de Peter Lapin en 1903 qu'elle fabriqua elle-même) connaît ses personnages (Jemima Puddle-Duck, Jeremy Fisher, Peter Rabbit, Mrs Tittlemouse et tant d'autres)

mais la vie de leur auteur est plus obscure pour les français, si peu intéressés, me semble-t-il (disons qu'ils ne sont pas aussi obsédés par cette époque que moi), par la littérature et l'art victoriens. Je la connais depuis longtemps et mon antre recèle ses livres et des ombres de lapins, de grenouilles, des canes... sont tapies ici et là, jusque dans le grenier. Beatrix Potter (Cf. ce mini-billet de votre Holly en sucre et en cristal) est née en 1866, à Londres, à South Kensington (je pense que vous pouvez visualiser un peu l'endroit grâce à mes petits films), mais son coeur appartient à la campagne anglaise, à l'Ecosse. Son enfance fut assez solitaire, auprès de parents plus ou moins oisifs (son père était membre du barreau mais ne travaillait guère), et entourée d'animaux (des lapins, des grenouilles et même d'une chauve-souris). Dès l'âge de quinze ans, elle commence à rédiger un journal intime codé, qui ne sera décrypté (de quel droit, au fait ? Même s'il est toujours profitable de vivre dans l'intimité d'artistes, il n'en demeure pas moins que c'est peut-être un procédé constestable) que des décennies après sa mort. Elle manifeste un goût profond pour la nature, qui est la source d'inspiration première de son univers, scientifique, littéraire et pictural. Son oncle appuiera sa demande afin d'être admise aux Royal Botanical Gardens. En vain, car elle est une femme et l'époque n'est pas propice à cette émancipation intellectuelle. Cette rebuffade ne la dissuadera pas de faire, par elle-même, des études et des recherches sur la faune et la flore, manifestant en ce domaine une intelligence certaine. Elle devint un mycologue respecté et des découvertes seront ajoutées à son crédit. Henry Enfield Roscoe, son oncle, essaiera de proposer à la publication ses travaux mais la Royal Society refusera d'accepter, en vertu du sexe de leur auteur. Elle commence à écrire et à illustrer des histoires, qui mettent en scène des animaux aux propriétés anthropomorphiques. Elle attendra d'avoir 36 ans avant de trouver un éditeur en la personne de Norman Warne. Le succès est alors instantanément au rendez-vous et elle devient très vite indépendante financièrement. Elle se fiance en secret à Norman car ses (stupides) parents s'opposent à son mariage, puis la mort lui ravit son amour avant même que le mariage puisse être prononcé. Elle écrivit 23 petits (par la taille) livres. Sa vue baissa peu à peu et elle cessa de sacrifier à la fiction. Ses histoires sont à la fois extrêmement simples et, néanmoins, témoignent et d'une cruauté innocente, passagère, mais bien réelle :
They lived with their mother in a sand-bank, underneath the root of a very big fir tree. "Now, my dears," said old Mrs. Rabbit one morning, "You may go into the fields or down the lane, but don't go into Mr. McGregor's garden. Your father had an accident there; he was put in a pie by Mrs. McGregor."
Le père de Benjamin Lapin finit en tourte (moins bonne j'en suis sûre que celles de Mrs Lovett)
Once upon a time there was an old cat, called Mrs. Tabitha Twitchit, who was an anxious parent. She used to lose her kittens continually, and whenever they were lost they were always in mischief ! On baking day she determined to shut them up in a cupboard.
Et les enfants sont parfois enfermés dans un placard, à moins d'être perdus par leur mère (tiens, tiens...) !
Ses personnages sont adorables mais j'ai toujours pensé qu'ils dissimulaient une froideur...
Vous pouvez vous délecter en ligne en cliquant sur les liens que je joins ici :
The Story of Miss Moppet The Tailor of Gloucester The Tale of Benjamin Bunny The Tale of Ginger and Pickles The Tale of Jemima Puddle-Duck The Tale of Johnny Town-Mouse The Tale of Mr. Jeremy Fisher The Tale of Mrs. Tiggy-Winkle The Tale of Mrs. Tittlemouse The Tale of Mr. Tod The Tale of Peter Rabbit The Tale of Samuel Whiskers The Roly-Poly Pudding The Tale of Squirrel Nutkin The Tale of the Flopsy Bunnies The Tale of the Pie and the Patty Pan The Tale of Timmy Tiptoes The Tale of Tom Kitten

 Avec son argent, elle acheta de grandes parcelles de la terre qu'elle aimait tant. Et, puisque rares sont ceux qui meurent de chagrin, elle épousa à l'âge de 47 ans William Heelis, son notaire. Le couple n'eut pas d'enfants mais une ménagerie - ce qui revient peut-être au même. C'est ainsi qu'elle devint une fermière solide et heureuse - on peut visiter sa maison et ses terres - puis elle mourut en 1947 ; sans autre préambule, j'abrège maintenant son existence. Le cinéma, après s'être emparé de la vie de mon Jamie, avec l'inconséquence certaine que l'on sait - même si certains de ses admirateurs les plus sincères ont vu, certainement à juste titre, je l'admets à contrecoeur, une manière de permettre une rencontre avec le véritable Barrie -, s'attaque à celle de Beatrix Potter. Le film est sur nos écrans et je vais prendre le risque d'aller le voir samedi ou dimanche. Je vous en reparlerai. Je m'attends au pire ; je ne saurais donc être déçue. J'espère qu'ils sauront la montrer dans sa force, dans la vigueur qu'elle transmet à son oeuvre. Galerie de portraits. Le plus remarquable sur toutes les photos d'elle que j'ai contemplées est son sourire pincé qu'elle possède déjà enfant et qu'elle conservera jusqu'à la fin. Que signifie-t-il ?


Une photographie très célèbre de Beatrix, âgée de 15 ans, avec Spot ("tache" in French), l'épagneul adopté pendant des vacances en Ecosse (où je me rends bientôt ; je me le répète pour solidement m'installer dans cette croyance). Beatrix, à 25 ans, avec le lapin Benjamin (septembre 1891) en laisse.


  A la fin de sa vie ou peu s'en faut... Les livres que je vous recommande personnellement : La biographie peut-être la plus précise bien qu'ancienne, mais elle fait autorité : Les travaux de Judy Taylor, qui a fait paraître plusieurs ouvrages en rapport avec Beatrix Potter. Une petite biographie, très bien illustrée, qui est un excellent point de départ : Des lettres adressés à des enfants, qui ne manquent pas de nous la faire rapprocher de Barrie ou de Lewis Carroll :


  "Je me souviens : j'avais l'habitude de croire à moitié mais de jouer sans retenue avec les fées quand j'étais une enfant. Qu'est-ce qui, mon Dieu, peut être plus réel que de conserver l'esprit qui est celui du monde de l'enfance, celui-ci étant tempéré et équilibré par la connaissance et le sens commun ?"

Beatrix Potter, son Journal, le 17 Novembre 1896 (National Trust collection). Rien ne saurait mieux dire le secret de son oeuvre, qui demeure d'une ambiguïté certaine, entre un réalisme exacerbé dans la description du monde animal et un anthropomorphisme de contes pour enfants. Derrière le charme et la joliesse, le sourire pincé de l'adulte en devenir, blessé d'avoir perdu le vert paradis, malgré tout.

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  • Par son livre livre miniature,



    mais ô combien précis et fin, Roger Lancelyn Green fait preuve d'un talent que ne possèdent pas tous ceux qui ont écrit de grosses biographies consacrées à Barrie et qui diluent l'insipide dans de larges étendues. Dans cette monographie raffinée (Editions Bodley Head*, Londres, 1960) à la page 21 une citation de Barrie nous est rapportée :

    "Qu'est-ce qui vous fait écrire, Monsieur Barrie ? demanda une des petites filles actrices pendant les premières répétitions de Peter Pan.
    - Ne le sais-tu donc pas, altesse ? répondit-il. Mes doigts dégoulinent d'encre et il faut que ça sorte."

    Oui, il faut que ça sorte. Se purger quotidiennement sur la page, comme si ce seul acte permettait de ventiler la conscience.

    Tommy, l'alter ego de Barrie n'est-il pas présenté ainsi : " "C'est facile pour vous : vous n'avez qu'un esprit ! Mais si, comme moi, vous en possédiez plusieurs... !" Cette déclaration provoquait chez Tommy des larmes de désespoir."

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    Portrait de Barrie par Leslie Brooke. Je ne reconnais pas mon Jamie à gauche.



    Gravure, un peu ratée.



    Autographe de J.M. Barrie.



    J.M. Barrie, Adelphi Terrace. Portrait d'Alvin Langdon Coburn , 1882-1966. Barrie semble prématurément vieilli et accablé. Ce sont ses yeux qui m'ont toujours le plus frappée. Un vieil enfant, n'est-ce pas ma Fauna ?

    * Une monographie qui prend pour objet la vie et l'oeuvre de Beatrix Potter, écrite par Marcus Crouch, a été publiée chez le même éditeur, dans les années 60. Nous en reparlerons certainement.

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    mercredi 28 mars 2007




    Je finis l'évocation rapide et maladroite des grands lieux barriens (mais non pas de mon voyage londonien, car il me reste deux ou trois billets à écrire) avec ce lieu très célèbre pour les lecteurs de Barrie (et pas seulement). 3 Adelphi Terrace.
    Non loin de Charing Cross, j'ai retrouvé l'endroit où Barrie a emménagé après son divorce et où il a achevé son existence, en 1937.
    Il logeait au troisième étage. Les Shaw habitaient en face. C'est ici, sur un lambris, que Maurice Maeterlinck écrira un hommage à Barrie et à son Petit oiseau blanc, qui est le grand-père de son Oiseau bleu.






    [Photographies de l'intérieur de cet appartement que m'a transmises Andrew Birkin et que l'on retrouve sur son site]
    Je signale l'existence d'une page sur les "plaques bleues" qui ornent les maisons de gens célèbres dans Londres.

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    Le théâtre aujourd'hui. La petite boutique des horreurs est à l'affiche.



    Je n'ai pas été autorisée à filmer l'intérieur du théâtre. Un Cerbère en jupons, avec du poil au menton (je rajoute cet attribut au crayon de papier sur le portrait mental qui me reste de la dame), m'a barré la route. Je ne la remercie pas. Je reviendrai, madame, avec une autorisation du directeur... et nous verrons ce que nous verrons !
    Mais je ne pouvais manquer d'évoquer, même en courant, le lieu où fut donné, pour la première fois, Peter Pan, le 27 décembre 1904.




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  •                   
    Lewis par misshollygolightly


    Certes, je gueule un peu (beaucoup) sur cette vidéo, mais le bruit alentour, celui des voitures, était réellement assourdissant. Impression d'être un bateleur de foire - ce qui tombe plutôt bien, puisqu'une des prochaines étapes sera Covent Garden, avec une évocation d'Eliza Doolittle - ou une poissarde en regardant ce petit film. Envie d'éclater de rire. Je suis ridicule.

    J'aime assez ma bêtise.
    Imaginez que nous sommes en 1897. Le 31 décembre, pendant le réveillon, chez les Lewis qui ont eu l'excellente idée d'inviter Barrie



    et Sylvia Llewelyn Davies. Ils ne se connaissent pas encore mais le sort est déjà jeté. Nous sommes privilégiés parce que nous connaissons l'avenir de cette rencontre capitale.
    Je cite dans ma traduction le biographe par excellence, Denis Mackail, qui a écrit LA vie de Barrie et dont le travail fut titanesque : "Les Barrie ont, à ce moment-là, dîné plus d'une fois avec Sir George et Lady Lewis dans leur maison de Portland Place (...) Barrie se tourne vers l'un des convives près de lui. Et, à cet instant précis, elle [Sylvia] doit se contenter d'avoir, de l'autre côté, une vue sur son petit dos. Car il y a là, juste de l'autre côté, celle qui est vraisemblablement la plus belle femme dans cette pièce. Sylvia Llewelyn Davies, qui, cinq ans auparavant, était encore Sylvia du Maurier. Aucun des deux n'oubliera jamais cette rencontre, car ce qui adviendra bientôt sera plus que particulier et participera aussi de la légende."




    [Sylvia en 1894 avec George et Jack]



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    "That strange and terrible summer" ended with the onset of September, and the Davieses set sail for London, Home and Wilkinson's — George to Wilkinson's for his second term, and the family to their new home at 23 Kensington Park Gardens ..." (Cf. le site d'Andrew Birkin, je souligne)
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  • Nous cheminions d'un pas alerte en quête du Graal.


    Je portais pour la dernière fois mes gants de cuir couleur guimauve :

    Et puis, voilà ! Pan ! Vlan ! Flap ! Clic !
    Une maison très importante.

    Un lieu mythique pour la lectrice et la traductrice de Barrie que je me plais à être. L'autre lieu, tout aussi porteur d'évocations, est Black Lake Cottage, dans le Surrey, où je me rendrai un jour, car Robert m'a promis de m'y emmener.
    La résidence située à Bayswater Road est le second et dernier domicile qu'il partagea avec Mary A. (de 1902 à 1909), à Londres, jusqu'à leur divorce. Le Petit oiseau blanc a été publié en 1902 et Peter Pan a été révélé au public en 1904.
    Lorsque j'ai découvert cette maison, je crois bien que mon coeur a fait naufrage. J'étais, inexplicablement, pétrifiée. J'avais l'impression absurde de connaître cette maison, comme si... Comme si j'avais été familière des lieux autrefois. Je ne fais pas mon miel de l'irrationnel. Mais force est de constater qu'une vague m'a emportée loin de notre monde et que je crois en certaines présences "surnaturelles", d'autant plus que je suis une fille ultra-logique. Un paradoxe de plus à apporter à mon crédit.




    Mon mari m'a suggéré de sonner, puisque la maison donnait l'allure d'une demeure habitée (par des vivants, j'entends). Je n'ai pas pu le faire. La timidité est l'un de mes plus grands handicaps. Je puis faire des choses "extraordinaires" ou excentriques (aux yeux des autres) mais je suis inapte aux actes élémentaires de la vie quotidienne (un travail mercenaire, téléphoner, entrer dans un magasin vide, etc.) !

    Dieu merci, lui, appuya sur le bouton.

    A deux reprises.

    J'étais presque soulagée de trouver porte close.

    Un homme, pourtant, nous ouvrit la porte. Je commençais à lui exposer mes raisons, avec le débit et le ton de quelqu'un qui va commettre un crime, me donnant des airs coupables, avant de me rendre compte, à ses habits, qu'il n'était pas le maître des lieux, mais un ouvrier (la maison est en travaux).

    Le propriétaire arriva. En retrait. Superbe. L'Angleterre, la Tradition tout entière, reposait sur ses épaules. Le geste et le verbe étaient nobles et mesurés. Pas un gramme en excès ou par défaut. Il avait cette manière d'être au monde, un peu désinvolte, qui me fait défaut. Il y avait aussi, ce qui est essentiel, une lueur ironique dans l'oeil qui me mit à l'aise. Car je suis une sale petite roturière timide.
    Je suis une souillon. Je me réprimande à chaque mouvement disgracieux : un squelette qui offense le dos du fauteuil à table, cette façon inélégante de me mordre la lèvre inférieure lorsque je bois un chocolat au lait, les gants que je retire d'un coup de dents avec violence, avec rage, les ongles que je mastique légèrement, les tics de langage. Tout ce qui trahit mon absence d'éducation pour un regard exercé et averti. Je m'en défends mais l'on porte toujours avec soi, de manière indélébile, le sceau de son éducation, et il me semble que plus on la refuse, plus elle se venge sur vous, en ressurgissant au moment le plus inopportun. Nous brinqueballons tous notre passé, un casier judiciaire qui se lit sur le visage. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j'ai cette complexion indéformable.

    Dans mon sac en plastique, il y avait mon exemplaire du Petit Oiseau blanc, que je destinais au bookcrossing et qui pouvait justifier à la fois de mon réel intérêt pour Barrie et de mon identité. J'ai commencé à parler au propriétaire des lieux, qui me regardait d'un air, d'abord interloqué, puis franchement amusé. Je lui demandai si je pouvais entrer dans le jardin. Simplement pour demeurer un instant dans la mémoire de cet écrivain, de ce frère d'âme, auquel j'ai décidé de consacrer une part de ma vie. Il a éclaté de rire, m'a poussée en avant, sans ménagement, et m'a demandé de le suivre. Notre conversation oscillait du français (qu'il parlait avec une certaine habilité) à l'anglais, l'un adoptant la langue de l'autre, délicatesse due à autrui.
    Nous étions là.

    Tout simplement.
    Oui.

    C'est ainsi que je me suis retrouvée avec mon mari dans le salon de James Matthew Barrie, sans pouvoir y croire.

    J'ignorais encore qui était en face de moi.

    Un Lord et une Lady (qui brodait, royalement installée dans un canapé, lorsque nous arrivâmes), comme en témoignaient la qualité de leur accueil et leur parfaite éducation. Mais je ne l'appris qu'avant de partir, lorsque la dame me remit sa carte et que je me retrouvai, soudain, démunie. Je n'avais emporté aucune de mes cartes de visite. Un comble ! J'en possède une belle quantité. Elles ont été imprimées à Venise, par le dernier imprimeur de qualité, Gianni Basso, 

    et portent le nom de plume que j'ai choisi. Elles sont d'un raffinement exquis, car il n'y a ni adresse ni numéro de téléphone. Je suis une citoyenne du monde : j'habite dans mes rêves. Mais je n'avais rien à offrir en retour. Le summum du manque d'éducation, ajoutez à cela un anglais de charretier, et je suis mortifiée. A l'extrême fin de l'entretien, mon mari se souvint qu'il possédait une de mes cartes, qui reposait dans son porte-cartes depuis au moins une décennie. Elle était complètement usée, voire crasseuse. Que vont-ils penser de moi ?

    Ajoutez (encore) à cela que j'ai embrassé un mur (oui, encore), que j'étais à deux doigts de hurler, que j'ai manifesté un enthousiasme immodéré pour le jardin de Barrie, que je me suis extasiée devant leur cheminée quand la dame des lieux m'a indiqué que l'installation avait été certainement faite à la demande de Mary A.
    Abruptement, j'ai demandé si le fantôme de Barrie leur rendait visite. Sans ciller ni rire, Lord K. m'apprit qu'il venait une ou deux fois par an, toujours le samedi et après neuf heures du soir.
    Mais le propriétaire était confondant de gentillesse et ne manifesta aucune surprise de mauvais aloi face à mon comportement inapproprié - je demandai permission de les prendre en photo devant cette cheminée, ce qu'ils acceptèrent. Puis, il m'apprit qui il était, sans anticiper le cri qui succéda (le mien).
    J'estime être la gardienne de leur tranquillité, donc je ne parlerai pas davantage d'eux ni de leur maison, pas plus que je ne joindrai leur photo dans ce JIACO. Je puis seulement préciser qu'il est le demi-frère du fils de l'explorateur Scott. Sa mère avait épousé le fameux explorateur Sir Robert Falcon Scott, avant de devenir veuve et d'épouser ensuite son père. Elle était une amie intime de Barrie et Sir R. F. Scott était une personne très proche de Barrie. Je connaissais, bien entendu, Sir R. F. Scott, mais seulement par les livres. Imaginez ma stupéfaction. Que diriez-vous si, d'un coup, un personnage de romans et de biographies se détachait du papier et sautait à pieds joints devant vous ?
    En serrant les mains de Lord K., je tenais le maillon d'une petite chaîne au bout de laquelle se trouvait Barrie. C'est à ce moment précis que j'ai décidé de m'enfuir, n'étant plus en mesure de retenir mes larmes.
    Je suis consciente que je puis me donner dans une lumière de grandiloquence, mais je n'ai rien à cacher ni rôle à jouer : je suis de cette eau.
    Et c'est ainsi que mes gants couleur guimauve sont restés dans la maison de Barrie et que j'ai vécu ma terrible aventure.
    Je n'ai pas osé retourner les chercher. Pour deux raisons : je suis timide (je le répète) et je ne pouvais envisager de briser le souvenir magique de ma venue en ce lieu et surtout l'idée que Jamie avait escamoté mes gants me plut tellement que nous en restâmes là. Croyez ce que vous voulez, mais personne ne retrouvera ces gants, j'en suis persuadée. J'ai demandé l'aide de Sherlock Holmes, qui est tout de même très lié à Barrie, et il m'a affirmé que Jamie était d'un naturel taquin, ce que je savais déjà... Je n'ai pas davantage oublié son amour pour les manchons des femmes, dévorante et insoutenable passion qui s'exprime dans plusieurs de ses oeuvres.
    "Mais, si un tel costume n’est pas convenable, je jure qu’il y avait au moins des petites plumes bleues dans son bonnet trop coquet et qu’elle portait un manchon assorti. Aucune partie de la femme n’est plus dangereuse que son manchon. Comme les manchons ne sont pas portés au début de l’automne - y compris par les malades -, je compris, en un éclair, qu’elle avait mis toutes ces jolies choses pour m’amadouer."
    Le Petit Oiseau blanc
    "Elle portait un manchon de fourrure  et, parfois, elle l’élevait jusqu’à son visage, comme si c’était un flacon de parfum, ou bien elle observait le monde par-dessus ce manchon et, alors, elle m’évoquait un oiseau niché dans un tronc d’arbre"
    Adieu, Miss Julie Logan
    Les gants guimauve seraient-ils à la fille du XXIe siècle ce que le manchon était à la femme du XIXe siècle ? Tout m'incline à le croire et je suis flattée que Barrie ait eu cette attention coquine à l'égard de ma petite personne.
    Le pire est que je n'ai aucun souvenir de les avoir ôtés. J'ai enlevé un instant mon gant gauche pour serrer la main de mes hôtes, mais je l'ai remis aussitôt cette politesse rendue et je n'ai en aucun cas délesté ma main droite de son gant.
    Il ne me restait plus qu'à me contenter de leurs jumeaux, noirs et patinés.
    Si vous désirez obtenir une copie de mes gants magiques, rendez-vous ici. Quant à moi, je devrais attendre mon prochain séjour à Venise pour que M. mon mari m'en offre une nouvelle paire.

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  • mardi 27 mars 2007
                       


    "A la seconde où j’entre dans le fumoir du club, vous devez imaginer David en train de disparaître dans le néant. Il est n’importe quel jour de la semaine, six ans auparavant, à deux heures de l’après-midi. Je sonne pour le café, les cigarettes et le brandy, je prends ma chaise près de la fenêtre, juste au moment où cette stupide petite gouvernante vient se promener dans la rue.
    J’ai toujours l’impression de l’avoir sonnée."
    Le Petit Oiseau blanc

    N'est-il pas facile d'imaginer Barrie à l'une de ces fenêtres ?

    TO BE CONTINUED...





    Après le 15 Old Cavendish Street, où il logea en 1890 et le 14 Gloucester Walk, où il vécut un moment en compagnie de sa soeur, Maggie, c'est la première maison d'importance de Sir James Matthew Barrie.




    Il y s'y installa de 1895 à 1902.
    Porthos, le fameux saint-bernard, y vécut également. Les fenêtres de la façade avant, au rez-de-chaussée, donnent sur sa salle d'écriture, nous informe son biographe Denis Mackail.
    Ce fut la maison du bonheur et de tous les espoirs.

    Je m'y installerais avec plaisir. C'est un rêve à portée de main (bien que j'ignore le prix du loyer). Si j'avais eu plus de temps, j'aurais demandé à la visiter... Petit regret.
    Mon accent est désastreux et je recopie ce que m'écrit mon ami Robert à ce sujet, car ses explications sont excessivement claires pour ceux qui s'intéressent à la phonétique (Robert, tu es mon bon génie) :
    I have just been looking at your latest videos uploaded on to DailyMotion this morning! Very nice! May I correct you on your pronunciation of 'Gloucester', please? I can imagine that this is a difficult pronunciation
    to understand, but then Britain is full of strange names! We pronounce it just the same as we would pronounce 'glosster', if such a word existed. We have the name 'Gloster' which is pronounced the same. The vowel 'o' should be pronounced the same way the English pronounce the 'o' in 'Robert' and 'John'. The 'cester' part of 'Gloucester' is pronounced as one syllable, as if it were spelt 'ster', like the second part of the word 'mister'.We have the same sort of thing with the cities 'Leicester' and 'Worcester'. These are pronounced like 'Lesster' and 'woosster' ('oo' pronounced as in 'book' or 'wood', not as in 'mood' or 'food' - assuming you know the difference!).But if there is an 'h' after the 'c' in similar looking names - such as in 'Winchester' and 'Rochester', then the 'chester' part is pronounced as two syllables, exactly
    the same as the city 'Chester'.
    Ce n'est pas sans raison si je projette d'assister à des cours d'été à Oxford. J'aimerais beaucoup suivre des cours de philosophie ou de littérature appliquée. Bientôt.
    TO BE CONTINUED...

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  • Ce sont les mots de Dickens à sa belle-soeur, Mary Hogarth, en 1835, lorsqu'il évoque son travail dans une manufacture de cirage, alors qu'il n'était encore qu'un enfant (12 ans - nous retrouvons toujours cet âge fatidique dans la littérature...) et que son père était emprisonné pour dettes. Quelle belle revanche sur la vie que le parcours littéraire de ce monstre victorien !


    (Remarquez ceci : je porte des gants couleur guimauve sur ces extraits. Pourquoi sont-ils devenus noirs le lendemain, dans les Jardins de Kensington ? Cette métamorphose participe de ma "terrible aventure"...)

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    J'aime beaucoup Londres, parce que chaque nom


    m'évoque les romans où j'ai coutume de me lover - dans la position du foetus ou du grabataire (qui est la même et non sans raison). Je m'y sens en famille, comme si chaque quartier ou le moindre personnage historique constituait à lui seul une branche de mon arbre généalogique. Je remercie mes parents de m'avoir abandonnée à la naissance ; je le dis sans cynisme ni arrière-pensée, encore moins avec la voix embuée, mais du ton conquérant, railleur et très orgueilleux de Peter Pan ; grâce à eux, j'ai eu le pouvoir de choisir qui je suis, réellement. Être un enfant autochtone, comme j'aime m'appeler, n'est pas à la portée de tout le monde. J'aime ma différence.

    Aujourd'hui, je l'aime.

    Je me demande, tongue-in-cheek, pourquoi les parents ne rendent pas plus souvent ce service à leurs enfants.

    J'ai commencé à ranger ici, dans l'herbier, mes souvenirs dans le plus grand des désordres. En effet, sitôt les valises déposées à Londres - hélas, pas les deux poches ou les deux cloques sous mes yeux, mais elles ont leur utilité : recueillir une provision de larmes afin de nourrir mes histoires, car elles sont le lait maternel de mes personnages ; je suis un pélican à ma façon, qui est parfois celle de Strindberg -, nous nous sommes dirigés en direction de l'époque victorienne.


    [La Reine Victoria qui trône encore, mais dans les Jardins de Kensington.]

    Avant Barrie, il y eut Dickens et le premier n'oublia pas le second, pas plus que votre modeste cicérone ne manqua de rendre hommage au Dieu du Roman. Je lui dois tant d'heures de bonheur, peut-être mes moments de lecture les plus intenses, que ce saut dans le temps est la moindre des choses.

    Petit détour dans Londres, afin de rendre visite à Charles, dont l'existence est plutôt mystérieuse. Je vous recommande cette biographie, joliment illustrée, que j'ai achetée et lue sur place :


    Bien que succincte et très subjective, elle constitue un agréable et précis point de départ pour faire connaissance avec le grand romancier. Peter Ackroyd est un auteur qui a mes faveurs. Sa superbe biographie de Londres n'est pas étrangère à mon admiration. J'ai acquis aussi, lors de cette légère et diluée pause anglaise, une biographie de Shakespeare dont j'espère le meilleur.

    Assez de palabres ! Je vous emmène au Dickens Museum par la pensée. Suivez-moi ! Cette maison est celle où il a achevé Pickwick et Oliver Twist.

    * Sur le seuil de sa maison :


    Dickens-exterieur par misshollygolightly

    * Entrée :



    Dickens-entree par misshollygolightly



    * Son bureau :



    Dickens-singe par misshollygolightly

    * Dédicace de Dickens à Andersen (leur amitié fit long feu) :


    Dickens-andersen par misshollygolightly



    * The drawing-room (la salle de réception et non pas la salle d'étude ; j'ai fait un lapsus dans la vidéo, a slip of the tongue, même s'il écrivait aussi dans cette pièce...) :




    Dickens-drawing par misshollygolightly



    * Les divers visages de Dickens à travers le temps :


    Dickens-visage par misshollygolightly



    * Promenade dans la maison :


    Dickens-promenade par misshollygolightly





    * Feuilletons 
    (comme chacun sait, Dickens publiait ses romans en feuilletons, dont voici des exemplaires) :


    Dickens-feuilletons par misshollygolightly


    La chambre de Mary Hogarth (soeur de sa femme) :


    Dickens-chambre par misshollygolightly 


    Mary Hogarth était adorée par Dickens et sa mort brutale lui causa une peine durable. Il conserva ses vêtements dans un placard pendant des années et les regardait de temps à autre. Il ôta d'un de ses doigts une bague et la porta jusqu'à sa propre mort... Dora, la petite Nell et Florence Dombey portent l'empreinte de Mary.

    * La lingerie :


    Lingerie par misshollygolightly



    * Détails :


    Florence et Paul Dombey, deux personnages dickensiens adorés : vitrail. Il y a quelques vitraux délicieux dans cette petite maison.


    L'autre femme, une actrice aimée de Dickens, Ellen Ternan. Il quittera sa femme pour elle, mais surtout parce qu'il était malheureux avec cette épouse usée et dépressive.


    Catherine Dickens, jeune.



    La même... plus tard. Le temps n'a aucune indulgence envers les femmes.


    Un tableau de Robert W. Buss, offert à la maison Dickens par le petit-fils de l'artiste et qui me plaît infiniment. Il représente Dickens et ses personnages. Il est inachevé mais je crois que l'aime encore plus ainsi. On a le sentiment que l'ombre de l'imaginaire recouvre la réalité.

    TO BE CONTINUED...
    Le meilleur est à venir.

    Nous allons maintenant suivre les traces de Barrie...

    *************
    Catégorie :
    Littérature
    lundi 26 mars 2007
    Indice en rapport avec ma "terrible aventure" :



    [Source : Beinecke Library]

    Un portrait de Barrie peint par Peter Scott, le fils du très célèbre explorateur Sir Robert Falcon Scott. Peter Scott était le filleul de Barrie et Jamie était un proche ami de Sir Robert Falcon Scott. A sa mort, ce dernier recommanda sa femme et son fils à la protection de Barrie. Jamie écrivit une introduction au journal de son ami.



    TO BE CONTINUED...
    ************
    Catégorie :



    Les cygnes des Jardins de Kensington dont parle Barrie dans The Little White Bird.


    "Parfois, des cygnes abordaient l’île et il leur donnait toute sa nourriture de
    la journée, afin de les questionner à ce sujet. Dès qu’il n’avait plus rien à
    leur donner à manger, ces odieuses créatures se gaussaient et s’éloignaient."
    Ils se caressent avec des coups de tête et forment un c(h)oeur des plus harmonieux l'instant d'après. Sont-ils amoureux ou en colère ? N'est-ce pas la même chose dans le fond ?




    Je dépose au bord de votre prunelle des petites vidéos des Jardins de Kensington (Clips réalisés en amateur ! Je suis, par avance, confuse de la qualité de ces petits films... Et la compression que j'ai dû effectuer pour les mettre en ligne n'a rien arrangé.) afin de vous donner l'illusion d'une incursion au sein de la mythologie de James Matthew Barrie.
    La promenade est dédiée à mon amie Fauna, qui saura pourquoi.
    Lorsque j'ai posé mes pas ici et là, j'ai pensé à certaines personnes que j'aime. J'aurais adoré, Mélanie, que tu sois ici. Et, toi, Petite Marie...

    * Bookcrossing :



    Bien sûr, les anglais ne peuvent qu'être étonnés de notre manière de prononcer à la "franglaise" le nom du héros, Peter Pan. Pourquoi prononcer à l'anglaise le prénom et à la française le nom ? Je devrais, si j'étais logique, prononcer "Pan" à l'anglaise, mais je crois que j'ai honte parfois de mimer l'accent anglais devant des français.
    J'ai assisté à la capture du livre. Une jeune anglaise blonde, ravissante, accompagnée de sa maman est partie avec ce livre, qui n'est plus le mien. Peut-être pourrais-je suivre les pérégrinations de cet exemplaire via bookcrossing.com.

    * Ma pensée à 14h45 précises :


    * Petit tour des jardins :


    "Mais les canards eux-mêmes, sur le Bassin Rond, ne sont pas en mesure de lui
    expliquer ce qui rend le Bassin si intéressant aux yeux des enfants. Toutes les
    nuits, les canards oublient les événements de la journée, excepté le nombre de
    morceaux de gâteau qui leur ont été jetés. Ce sont des créatures gourmandes et
    elles affirment que le gâteau n’est plus ce qu’il était dans leur jeune âge."


    * Clin d'oeil :



    * Une petite fille délicieuse (si j'étais un homme, on m'accuserait de je ne sais quoi, car il est de mauvais ton d'aimer les enfants à notre époque... Or, je suis une fille et je n'aime pas les enfants. Du moins, je prétends tout ceci. Mais c'est sans compter que les femmes sont plus vicieuses que les hommes, y compris dans ce domaine... Un des plus grands tabous de notre époque, qui ne semble pas prêt de s'effriter) :


    * Que serait ma vie aujourd'hui si j'avais été comme cette petite fille, insouciante (l'est-elle ?) et aimée de ses parents ? Je suis persuadée qu'elle serait moins belle. Être en retard de son enfance est le gage pour moi de ne jamais mourir de lassitude.





    "Et il n’avait pas, comme j’eus à Combray dans mon enfance, des journées heureuses pendant lesquelles s’oublient les souffrances qui renaîtront le soir." (Marcel Proust)



    TO BE CONTINUED...
    *******
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  • Une graphomane séparée de son ordinateur continue d'écrire. Ce JIACO n'est qu'un journal illustré qui, au départ et encore aujourd'hui, n'est qu'un lieu égoïste où je mets mes idées à sécher. Je ne me soucie pas d'être lue en vérité, même si j'écris dans l'idée qu'une poignée de gens que j'aime me liront.
    Chaque soir, j'ai donc consciencieusement rédigé mon journal de bord dans un très beau cahier que m'a offert mon amie "E." à l'âme faite de dentelle. J'avais envie d'emporter un peu d'elle en voyage et j'ai pensé à étrenner son très beau présent de la manière la plus symbolique qui soit, avec Barrie.

    Je suis persuadée qu'elle aimera l'usage que j'en ai fait.


    Nous avons logé à Baker Street, dans un bel hôtel, confortable et un peu luxueux.  Je ne voyage jamais en seconde catégorie. Pour le même prix, je préfère quatre jours dans un bel endroit plutôt que deux semaines dans un endroit miteux ou très moyen. Je voyage peu mais avec ce que j'estime être une élégance des lieux, de l'instant, dans un cadre propice à la rêverie et à la réflexion. Etant d'un naturel craintif et maladroit, les objets et les endroits doivent être encourageants, sinon je dépéris. Il faut que l'endroit où je vais soit de la même teinte que celui que je quitte.



    A quelques mètres du Musée Sherlock Holmes, où je m'étais déjà rendue dans le passéj'ai dressé le plan d'attaque de nos promenades, force cartes à l'appui, afin de ne pas perdre une goutte de notre précieux temps.

    15 Old Cavendish Street
    1890

    14 Gloucester Walk on Campden Hill
    (1892, il y logea avec sa sœur Maggie)


    133 Gloucester Road South Kensington
    (1895-1902) domicile conjugal

    100 Bayswater Road, Leinster Corner
    (1902-1909) domicile conjugal - DIVORCE de Barrie et de Mary A.

    3 Adelphi Terrace
    1-3 Robert Street
    Adelphi, WC2
    (1909- 19 juin 1937)

    Duke of York’s Theatre
    St Martins Lane
    le 27 décembre 1904 : Peter Pan

    88 Portland Place
    Sir and Lady Lewis (le 31 décembre 1897, Barrie y rencontre Sylvia pour la première fois)

    23 Kensington Park Gardens
    Demeure des Llewelyn Davies


    The Garrick Club
    15 Garrick Street


    Dickens Museum
    Opening Hours
    The Museum is open from Mondays - Saturdays
    10.00-17.00
    Sundays11.00-17.00
    48 Doughty Street


    Chaque étape devait nous permettre de reconstituer la figure d'un Londres qui n'existe plus mais qui, cependant, vit encore si l'on se donne la peine de regarder attentivement sous les apparences. Il suffit de soulever le rideau en feuille de soie qui n'est qu'un trompe-l'oeil... Notre quartier de résidence est stratégiquement situé pour mes voyages au centre du Londres barrien, qui dessine un cercle presque parfait en plein coeur de la ville.

    Mais je n'avais pas tout prévu...


    Bientôt, c'est-à-dire le dernier jour de notre pèlerinage, je devrai frapper à la porte du célèbre détective, car lui seul est en mesure de retrouver certain objet que j'ai perdu lors de ma "terrible aventure"...





    TO BE CONTINUED...
    (A SUIVRE...)

    ****
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  • dimanche 25 mars 2007
    Je vous raconterai tout. Peut-être dès demain, si j'en ai la possibilité matérielle. J'ai une quantité de photographies et de vidéos inimaginable. Mon séjour de quatre jours fut un enchantement. Malgré la rapidité de ce voyage, j'ai vécu des moments intenses et une dilatation spatio-temporelle m'a permis de semer tous les cailloux qui étaient dans ma poche et d'en ramasser quelques-uns... et pas des moindres ! Définitivement, je crois que la chance est une déesse qu'il faut aguicher.
    Mais je dois vous avouer que ce vendredi 23 mars 2007 demeurera l'un des plus beaux jours de ma vie depuis ma naissance et pas seulement parce que je me suis assise avec l'homme que j'aime dans le salon de l'ancienne maison de James Matthew Barrie. Oui, vous avez parfaitement lu. Miraculeusement, j'ai pu pénétrer dans cette maison. J'ai vécu une "terrible aventure" que je n'attendais pas et je suis persuadée que Jamie a guidé cet événement. Mais ce n'est qu'un épisode merveilleux de ce vendredi particulier. D'autres bonheurs me furent offerts.
    J'ai rencontré mon ami Robert Greenham, auteur d'un magnifique petit livre en rapport avec Barrie, ainsi que sa merveilleuse épouse, Sue. Nous nous écrivons quotidiennement depuis longtemps et nous nous sommes enfin trouvés face à face. Etrangement, j'avais l'impression de le connaître depuis toujours.

    Je cheminais, main dans la main, avec mon Amour de mari, dans ce lieu barrien par excellence, royaume des fées et de mes pensées les plus délicates. Robert, qui est un émule de Sherlock Holmes, nous a montré la voie et nous avons trouvé les "tombes" de Barrie dans les Jardins de Kensington.

    Les fameuses "tombes"auprès desquelles Andrew Birkin, LE spécialiste de Barrie, un homme pour qui j'éprouve une profonde amitié et un respect sans limite, qui a toujours été adorable avec moi, a posé. Cette photographie est l'une de celles que je préfère.
    Voir, toucher (embrasser, je le confesse) ces petites pierres était presque irréel.
    Je crois bien que ma joie m'a propulsée à quelques mètres du sol, en direction des cieux. Positivement, je sautais et hurlais comme une folle.
    Un écureuil m'a suivie pendant toute ma promenade. Ce n'était pas un écureuil "normal". Je vous raconterai aussi cela. Faites-moi penser à vous parler du fantôme de Barrie. Je fais un noeud à mon mouchoir au cas où...

    "Mais vous ne devez pas penser que, parce que quelque part parmi les arbres la petite maison scintille, il est une chose sage de demeurer dans les Jardins après l’Heure de la Fermeture. Si les méchantes fées parmi les fées se trouvent être de sortie cette nuit-là, elles vous blesseront à coup sûr. Et, même si elles n’étaient pas là, vous pourriez périr de froid et de peur, avant que Peter ne vînt à vous. Il est arrivé trop tard plusieurs fois et, quand il voit qu’il est trop tard, il court sur ses pas jusqu’au Nid de Grive pour ramener sa pagaie, dont Maimie lui a expliqué le véritable usage. Il creuse une tombe pour l’enfant, érige une petite pierre tombale et grave dessus les initiales du pauvre enfant. Il agit ainsi, car il pense imiter les authentiques petits garçons. Vous remarquez que les petites pierres vont toujours par pair. Il les édifie en double parce qu’il lui semble qu’elles sont moins seules ainsi. Je pense qu’on ne peut rien voir de plus émouvant dans les Jardins que ces deux pierres tombales, côte à côte, celle de Walter Stephen Matthews et celle de Phoebe Phelps. Elles se tiennent l’une près de l’autre, à l’endroit même où les paroisses de Westminster Saint Mary et celle de Paddington se croisent. Ici, Peter trouva les deux bébés, qui étaient tombés sans qu’on le remarquât de leur landaus : Phoebe âgée de treize mois et Walter, probablement encore plus jeune, car Peter semble avoir omis, par délicatesse, de mettre un âge sur la pierre. Elles reposent côte à côte, et on peut lire ces simples inscriptions :

    David, quelquefois, dépose des fleurs blanches sur ces deux innocentes tombes."


    [Photographies de Robert Greenham]
    ****************
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  • Correction en date du 7 mai 2007 : nous avons compris notre erreur, rétrospectivement. Nous nous sommes trompés de "pierres tombales" ! Mais, sur l'une des pierres, sont gravées les initiales P.P., comme Peter Pan ou Phoebe Phelps. N'est-ce pas diabolique ? L'erreur était permise et le rêve de les retrouver reste ouvert pour moi dans ses grandes largeurs. Il n'est pas bon de réaliser tous ses désirs. Ceci n'est pas une vague formule de consolation mais mon intime conviction. La prochaine fois que j'irai à Londres, je les trouverai et je me rendrai également au cimetières des animaux... Et ma joie ce jour-là était réelle. Ce qui importe, c'est ce que l'on insuffle à ce que l'on vit bien davantage que les stricts faits.

    Regardez cette ancienne vidéo d'Andrew Birkin, avec son fils Anno :
    J'ai les larmes aux yeux en les regardant tous les deux.
    Je connaissais et la vidéo et Lost Boys, je n'aurais pas dû me tromper.
    Mais mes yeux voient souvent ce qu'ils ont envie de voir. Je ne m'en plains pas...
    Le make-believe.

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    Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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