samedi 18 février 2006

La logique semble poser un cadre ou un cercle, hors duquel il n’y a point de salut rationnel, voire raisonnable : le principe de contradiction et son conjoint le tiers exclu. Un piège est tendu dans lequel se laisse prendre la pensée. Le paradoxe de tout raisonnement logique est qu’il nécessite une brisure ou un saut (pas nécessairement illogique) hors de ce cercle afin d’épuiser les possibilités et, de ce fait, d’achever le dilemme, voire de le transformer en un autre questionnement. Il s’agit d’un acte de création, d’enrichissement – et non d’un appauvrissement comme paraît le suggérer le terme d’épuisement - et peut-être pour finir d’un appel à Dieu… Ainsi, Koestler dans Le cri d'Archimède introduit le concept de bisociation qui consiste « à percevoir une situation ou une idée sur deux plans de références dont chacun a sa logique interne, mais qui sont habituellement incompatibles ». On résout le problème réputé impossible en sortant du piège ou du cadre. Un tableau de Magritte illustre notre propos : La condition humaine. Une fenêtre à guillotine est ouverte. On aperçoit un paysage sur lequel elle s’ouvre. Un tableau est posé devant cette fenêtre qui se superpose à ce paysage et le reproduit, et le complète ou montre ce qu’il cache de cette vue, de telle sorte que l’on distingue à peine ce qui appartient au paysage au dehors fenêtre et celui qui est peint sur le tableau devant la fenêtre.

Ainsi, c'est bien souvent la solution recherchée qui est le problème, la manière dont est posée la question ou la question elle-même. Par exemple, dans les formes aiguës de désespoir ou de questionnement existentiels, dont Cioran pourrait être perçu comme le représentant le plus éminent, la recherche d'un sens se place au cœur de la vie et envahit tout, à tel point que celui qui poursuit ainsi un sens remet en question tout dans l'univers, sauf sa quête elle-même, c'est à dire, sauf la supposition incontestée qu'un tel sens existe et que seule sa découverte lui permettra de survivre. Sauf que Cioran n’est absolument pas dupe de ce paradoxe inhérent à sa démarche vocifératrice.

L’étiologie comme résolution du problème est une espèce de mythe. Il convient moins de se demander, dans cette autre perspective, pourquoi le mal existe, par exemple, que de savoir quoi faire pour l’atténuer ou le détruire. L’opinion selon laquelle on ne peut dénouer un problème qu'après avoir compris son Pourquoi ? est tellement ancré dans les modes de pensées que toute tentative pour aborder le problème en terme de sa seule structure actuelle et de ses conséquences est tenue pour le comble de la superficialité, alors qu'il n'en est rien. L'approche la plus pragmatique n'est pas la question du pourquoi, mais celle du quoi ? C'est à dire : qu'est-ce qui, dans ce qui se passe actuellement, fait persister le problème, et que peut-on faire dans l’instant pour provoquer un changement ? En psychothérapie, le préjugé d’après lequel le passé, sa connaissance, permettrait d’expliquer et de soigner le présent, n’est pas souvent très efficace. En effet, c’est moins le passé, ce que l’on en sait ou veut en savoir, qui compte, mais l’interprétation présente de ce passé qui influe sur le comportement actuel. Le passé dépend de l’angle de vision avec lequel on le regarde, et à partir de cet angle, toutes les variations sur ce qui s’est objectivement produit autrefois sont permises. Par conséquent, il n'y a pas de raison prépondérante pour donner au passé une primauté ou une relation de causalité par rapport au présent. Cela veut dire que l’interprétation du passé n'est qu'une des multiples façons qui permettent d'infléchir un comportement présent.

L’immobilisme d’une situation est dû à l’évitement du véritable problème, qui est de sortir du cadre donné. Imaginons un événement fâcheux (nommé A) étant sur le point d'advenir. Le bon sens voudrait qu'on l'évite ou qu'on l'empêche en faisant appel à son inverse, ou opposé, c'est à dire à « non – A ». Mais si l’on adopte « non-A », on demeure dans la situation de départ, dans un mode de pensée clos. Ainsi Œdipe à qui l’oracle prédit son destin (A) et qui, afin de l’éviter, fuit ses parents (non-A). Tant qu'on recherche la solution à l'intérieur de la dichotomie A et non - A, on est pris dans une illusion du choix possible. Voici au contraire une autre manière de voir et de comprendre : « non – A », mais aussi « non "non - A" ». C'est un principe séculaire en apparence paradoxal, qui fut démontré entre autres par le maître Zen, Tai-hui, quand il montra un bâton à ses moines et leur déclara : « Si vous dites c'est un bâton, vous affirmez. Si vous dites ce n'est pas un bâton, vous niez. Au-delà de l'affirmation et de la négation, qu'en diriez-vous ? ». C'est un Koan (question paradoxale dont l’impossibilité logique oblige la pensée à rompre ses entraves) zen caractéristique, structuré de telle sorte qu'il oblige l'esprit à sortir de la trappe constituée par la dualité affirmation-négation, et à faire un saut quantique jusqu'au niveau immédiatement supérieur. En réalité, les véritables changements sont l'art de trouver un nouveau cadre. Recadrer signifie modifier le contexte conceptuel, et/ou émotionnel, d'une situation, en le plaçant dans un autre cadre de référence, qui correspond aussi bien, ou même mieux, aux faits de cette situation concrète dont le sens, par conséquent, change complètement. Ce qu'on modifie en recadrant, c'est le sens accordé à la situation, pas une remise en cause des éléments concrets.
L’oracle représente pour le sujet conscient le destin, la nécessité, ce qui va permettre au héros tragique ou à l’obsessionnel de se décharger de sa culpabilité en essayant d’éviter ce qui a été déclaré devoir arriver. L’oracle est une sorte de rêve, où tout est permis, où le pire peut être énoncé. L’oracle n’est pas ambigu. Il ne veut rien dire sinon ce que celui qui est venu le consulter veut lui faire dire. L’oracle annonce en général une catastrophe, un crime, un malheur, une mort. Consulter un oracle revient à demander pardon avant de mal agir et qui rappelle le cynisme d’une nouvelle de Saki, dans laquelle des enfants retiennent en otage une petite fille et s’exclament : « Nous serons désolés lorsque nous aurons tué Olivia, mais nous ne pouvons pas l’être avant de l’avoir fait !» …

Les roses du Pays d'Hiver

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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